L'essentiel : Guide pratique — Septembre 2026
Le marché marocain des assurances est régi par la loi 17-99 (Code des assurances), promulguée par le Dahir n° 1-02-238 du 3 octobre 2002. Le Code a été modifié à plusieurs reprises, notamment par la loi 59-13 (2016) et la loi 87-18 (2019), cette dernière introduisant le cadre juridique du takaful. La loi 17-99 est organisée en quatre Livres : le contrat d'assurance (Livre I), les assurances obligatoires (Livre II), les entreprises d'assurances (Livre III) et l'assurance automobile (Livre IV).
La supervision du secteur est confiée à l'Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS), autorité indépendante dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière, créée par la loi 64-12 (2016) en remplacement de l'ancienne Direction des Assurances et de la Prévoyance Sociale (DAPS). L'ACAPS exerce de larges pouvoirs en matière d'agrément, de contrôle prudentiel, de régulation de la conduite du marché et de sanctions.
En vertu des articles 161 à 166 de la loi 17-99, toute entreprise d'assurances ou de réassurance doit obtenir un agrément de l'ACAPS avant de commencer ses opérations au Maroc. Trois voies principales s'offrent aux acteurs étrangers :
Un assureur étranger peut constituer une société anonyme (SA) de droit marocain. Il s'agit de la structure la plus courante pour une entrée complète sur le marché, offrant un accès intégral à toutes les branches d'assurance.
Les assureurs étrangers peuvent également établir une succursale, sous réserve de l'agrément de l'ACAPS et de conditions de réciprocité. La succursale doit respecter des exigences locales de solvabilité et de gouvernance équivalentes à celles d'une SA marocaine.
Le Maroc ne reconnaît pas de régime général de libre prestation de services en matière d'assurance directe. La fourniture transfrontalière de services d'assurance directe au Maroc, sans établissement local, est essentiellement interdite (voir la section 4 ci-dessous relative à l'article 156). Il s'agit d'une distinction fondamentale pour les assureurs étrangers habitués aux dispositifs de passeport européen.
Historiquement, une exigence de détention de 50 % du capital par des actionnaires marocains était en vigueur. Cette restriction a été largement libéralisée, mais l'ACAPS conserve un pouvoir discrétionnaire d'approbation sur les participations qualifiées. En vertu des articles 170 à 173 de la loi 17-99, toute acquisition d'une participation qualifiée (10 % ou plus) dans un assureur marocain requiert l'autorisation préalable de l'ACAPS. Des exigences d'honorabilité et de compétence s'appliquent aux actionnaires et aux dirigeants.
Les articles 291 à 308 de la loi 17-99 exigent de tous les intermédiaires d'assurance — agents et courtiers — qu'ils détiennent un agrément délivré par l'ACAPS. Le Code opère une distinction importante :
Les exigences professionnelles comprennent une garantie financière (cautionnement), une assurance de responsabilité civile professionnelle et des qualifications de compétence professionnelle.
Les banques et Barid Al-Maghrib (la banque postale) peuvent distribuer certains produits d'assurance dans le cadre d'une autorisation spécifique de l'ACAPS, régie par des circulaires conjointes de l'ACAPS et de Bank Al-Maghrib. Ce canal de bancassurance est devenu un circuit de distribution majeur pour les produits d'assurance-vie et d'épargne.
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L'article 156 de la loi 17-99 interdit, directement ou par l'intermédiaire d'un tiers, la souscription d'un contrat d'assurance auprès d'un assureur non agréé au Maroc pour couvrir des risques situés au Maroc. Les infractions peuvent entraîner la nullité du contrat et des sanctions administratives.
Les acheteurs étrangers disposant de filiales marocaines doivent auditer attentivement leurs programmes d'assurance internationaux afin de s'assurer que les risques situés au Maroc sont couverts par un assureur localement agréé ou relèvent d'une exception reconnue.
Initialement instituée par le Dahir du 1er octobre 1969 et désormais intégrée au Livre IV de la loi 17-99, tous les véhicules à moteur doivent être couverts par une assurance minimale de responsabilité civile envers les tiers.
Le Dahir du 6 février 1963, tel que profondément modifié par la loi 18-12 (2014), oblige les employeurs à assurer leurs salariés contre les accidents du travail et les maladies professionnelles. Cette obligation s'applique à tous les employeurs du secteur privé, sans exception.
Les articles 157 à 160 de la loi 17-99 imposent une assurance tous risques chantier (TRC) et une garantie de responsabilité décennale couvrant les vices de construction affectant la solidité de l'ouvrage.
L'assurance de responsabilité civile professionnelle est obligatoire pour certaines professions réglementées, notamment les notaires, les architectes, les experts-comptables et, dans certains cas, les avocats.
L'article 36 de la loi 17-99 fixe un délai de prescription de deux ans pour les actions dérivant du contrat d'assurance, courant à compter de l'événement qui y donne naissance. En vertu de l'article 37, l'assureur qui a réglé un sinistre est subrogé dans les droits de l'assuré contre le tiers responsable.
Le Comité Consultatif des Assurances exerce un rôle d'organe consultatif pouvant être saisi sur des questions de politique en matière d'assurance. Les litiges sont généralement soumis aux tribunaux de commerce marocains. Les clauses d'arbitrage sont reconnues en vertu de la loi 08-05 sur l'arbitrage et la médiation, et l'arbitrage international demeure accessible pour les différends transfrontaliers en matière de réassurance et d'investissement.
La loi 87-18 (2019) a modifié la loi 17-99 afin de créer un cadre juridique complet pour le takaful (assurance islamique) et le retakaful. Les opérateurs de takaful doivent obtenir un agrément distinct de l'ACAPS.
La loi autorise deux structures : une société de takaful dédiée et autonome, ou une fenêtre takaful au sein d'un assureur conventionnel. Tous les produits de takaful doivent être conformes aux principes de la Charia — interdiction du riba (intérêt), du gharar (incertitude excessive) et du maysir (jeu de hasard). La conformité à la Charia est certifiée par le Comité de la Finance Participative (successeur de l'ancien Conseil Supérieur des Oulémas). Une séparation stricte du fonds des participants (fonds takaful) et du fonds des actionnaires est obligatoire.
Les assureurs, réassureurs, courtiers et acheteurs étrangers souhaitant entrer ou opérer sur le marché marocain sont vivement encouragés à s'adjoindre rapidement les services d'un conseil juridique marocain expérimenté, tant pour la stratégie réglementaire que pour la conformité continue.
Avertissement : Ce guide est fourni à titre purement informatif et ne constitue pas un avis juridique. Les lois et réglementations sont susceptibles de modification. Les lecteurs sont invités à consulter un conseil juridique qualifié pour tout avis relatif à leur situation particulière.