Financer un investissement au Maroc : sûretés, garanties et exécution pour les prêteurs étrangers

Korte Law - Morocco

Packages de sûretés, garanties et mécanismes d'exécution à destination des prêteurs étrangers

La position stratégique du Maroc, au carrefour de l'Europe et de l'Afrique, son réseau d'accords de libre-échange et son programme continu de modernisation réglementaire ont fait du Royaume l'une des destinations d'investissement les plus attractives du continent africain. Pour les prêteurs étrangers, les sociétés mères finançant des filiales marocaines et les investisseurs structurant des financements d'acquisition, le Maroc offre un cadre juridique développé — quoique spécifique — en matière de prêts garantis. Le présent guide propose une synthèse des principaux instruments de sûreté, des structures de garantie et des mécanismes d'exécution disponibles en droit marocain, assortie de recommandations pratiques en matière de documentation et de conformité au contrôle des changes.

Le paysage du financement

Prêts transfrontaliers aux emprunteurs marocains

Les prêts en devises consentis par des prêteurs non-résidents à des entités marocaines sont autorisés dans le cadre du régime de contrôle des changes administré par l'Office des Changes, autorité instituée par le Dahir du 30 août 1949 qui réglemente l'ensemble des flux de capitaux transfrontaliers. Depuis les réformes de libéralisation de 2007 et les amendements successifs apportés à l'Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC), les emprunteurs marocains peuvent contracter des dettes en devises sous réserve que le prêt soit dûment déclaré auprès de l'Office des Changes et que ses conditions soient conformes à l'IGOC. Une fois le prêt régulièrement enregistré, l'emprunteur peut procéder au transfert des intérêts et au remboursement du principal au profit du prêteur étranger par l'intermédiaire de sa banque marocaine, sans autorisation supplémentaire.

Formalités de change

Tout prêt en devises doit être déclaré auprès de l'Office des Changes préalablement au tirage ou au moment de celui-ci. Le dossier de déclaration comprend généralement le contrat de prêt signé, une attestation bancaire et le détail de l'échéancier de remboursement. Le respect de ces formalités constitue une condition suspensive au traitement par le système bancaire marocain des transferts sortants au titre des intérêts et du principal. Les prêteurs doivent veiller à ce que les obligations de l'emprunteur au titre de l'IGOC figurent parmi les conditions suspensives de la documentation du financement.

Prêts intra-groupe et règles de sous-capitalisation

Les avances en compte courant d'associés constituent un mode courant de financement des filiales marocaines ; toutefois, les prêteurs doivent être attentifs aux limites de sous-capitalisation prévues par le droit fiscal marocain. L'article 10(II) du Code Général des Impôts (CGI) dispose que les intérêts servis sur les avances d'associés ne sont déductibles que dans la mesure où (i) le montant cumulé desdites avances n'excède pas le capital social de la société, et (ii) le taux d'intérêt applicable ne dépasse pas le plafond publié annuellement par le Ministère des Finances (arrêté du Ministre des Finances). Les intérêts versés au-delà de ces seuils sont requalifiés en distribution de dividendes et deviennent soumis à la retenue à la source. Structurer la répartition entre fonds propres et dette de manière à respecter ces limites est dès lors essentiel pour préserver l'efficacité fiscale.

La boîte à outils des sûretés en droit marocain

Le droit marocain offre une gamme complète d'instruments de sûreté couvrant les biens immobiliers, les fonds de commerce, les parts et actions, les créances et les comptes bancaires. La réforme de 2019, adoptée par la loi 21-18 qui a modifié le Livre IV du Dahir formant Code des Obligations et des Contrats (DOC, Dahir du 12 août 1913), a substantiellement modernisé le régime des sûretés mobilières.

Hypothèque sur les biens immobiliers titrés

L'hypothèque demeure la forme de sûreté la plus solide au Maroc. Régie par le Dahir du 12 août 1913 relatif à l'immatriculation foncière (tel que modifié) et les articles 157 à 213 du Dahir du 2 juin 1915 sur les droits réels immobiliers, l'hypothèque portant sur un bien immatriculé doit être inscrite à la Conservation Foncière pour être opposable aux tiers. L'inscription crée un rang de priorité fondé sur la date d'inscription, élément essentiel dans les scénarios multi-créanciers. Les prêteurs doivent effectuer un état des inscriptions auprès de la Conservation Foncière afin de vérifier le titre de propriété et identifier les charges antérieures avant d'accepter une hypothèque.

Nantissement de fonds de commerce

Les articles 106 à 133 de la loi 15-95 (Code de commerce) régissent le nantissement du fonds de commerce. Ce nantissement porte sur le nom commercial, la clientèle, le droit au bail, le matériel et l'outillage, les brevets et les licences. Il doit être inscrit au greffe du tribunal de commerce. Cet instrument est particulièrement utile lorsque le principal actif de l'emprunteur est son activité commerciale plutôt que des biens immobiliers.

Nantissement de parts et actions

Les formalités varient selon la forme sociale. Pour une société anonyme (SA), le nantissement d'actions est régi par la loi 17-95 et nécessite un contrat de nantissement, accompagné, pour les actions non cotées, d'une notification à la société émettrice et d'une inscription au registre des actionnaires. Pour une société à responsabilité limitée (SARL), le nantissement de parts sociales est régi par la loi 5-96 et requiert le consentement préalable des associés détenant au moins les trois quarts du capital social, suivi d'une notification à la société et d'une inscription. Cette exigence de consentement peut constituer un facteur de structuration significatif dans le cadre de financements d'acquisition.

Nantissement de créances et de comptes bancaires

En vertu du DOC réformé (tel que modifié par la loi 21-18), les créances — y compris les créances futures — peuvent être nanties en garantie. Le nantissement de comptes bancaires est également reconnu et constitue un élément courant des structures de financement de projets et d'acquisitions. La notification à la banque teneur de compte ou au débiteur de la créance parfait le nantissement à l'égard des tiers.

La réforme des sûretés mobilières de 2019 (loi 21-18)

La loi 21-18 de 2019 constitue une réforme majeure. Elle a créé le Registre National Électronique des Sûretés Mobilières (RNESM), un registre électronique centralisé des sûretés mobilières, en remplacement du régime d'inscription fragmenté qui prévalait antérieurement. La réforme a introduit les gages avec et sans dépossession, autorisé les sûretés sur des biens futurs et modernisé le nantissement de créances. L'inscription au RNESM établit le rang de priorité et constitue un point de référence unique pour les recherches de due diligence.

Agent des sûretés

L'une des innovations les plus significatives de la loi 21-18 est l'introduction de l'agent des sûretés, un concept d'agent fiduciaire permettant à une seule entité désignée de détenir, gérer et réaliser les sûretés pour le compte de plusieurs créanciers. Ce mécanisme est indispensable dans le cadre des financements syndiqués et des clubs deals, où l'obligation pour chaque prêteur de détenir et d'exécuter sa propre sûreté serait impraticable. L'agent des sûretés détient la sûreté en son nom propre mais au bénéfice collectif des créanciers garantis, simplifiant considérablement le processus de documentation et d'exécution.

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Les garanties

Cautionnement et garantie autonome

Le droit marocain distingue deux formes principales de sûretés personnelles. Le cautionnement, régi par les articles 1117 à 1169 du DOC, est de nature accessoire : l'obligation de la caution est le reflet de la dette principale et s'éteint avec elle. À l'inverse, la garantie autonome (également désignée garantie à première demande), désormais codifiée dans le cadre des amendements apportés au DOC par la loi 21-18, est indépendante de l'obligation sous-jacente. L'appel en garantie autonome déclenche le paiement sur présentation d'une demande conforme, sans que le garant puisse opposer les exceptions tirées de l'opération sous-jacente. Pour les prêteurs étrangers, les garanties autonomes émanant d'entités marocaines solvables offrent un mécanisme de soutien au crédit considérablement plus robuste qu'un cautionnement traditionnel.

Garanties de la société mère

Dans les structures de financement transfrontalières, la garantie de la société mère étrangère de l'emprunteur marocain constitue une pratique standard. Ces garanties sont généralement soumises au droit régissant le contrat de crédit (droit anglais ou droit de l'État de New York) et ne sont pas assujetties au régime de contrôle des changes marocain, le garant étant une entité non-résidente. La garantie doit être structurée de manière à couvrir l'ensemble des obligations au titre du contrat de crédit, y compris le principal, les intérêts, les frais et les dépenses d'exécution.

Autorisation de change pour les garanties consenties par des entités marocaines

Lorsqu'une entité marocaine consent une garantie au profit d'un bénéficiaire non-résident, une autorisation préalable de l'Office des Changes est requise en vertu de l'IGOC. Cette exigence s'applique tant au cautionnement qu'à la garantie autonome. Le défaut d'obtention de l'autorisation requise peut rendre la garantie inexécutable au Maroc et exposer le garant à des sanctions réglementaires. Les prêteurs doivent inclure l'autorisation de l'Office des Changes parmi les conditions suspensives du contrat de crédit.

Assistance financière

L'article 281 de la loi 17-95 interdit à une société anonyme d'avancer des fonds, de consentir des prêts ou de fournir des sûretés en vue de financer l'acquisition de ses propres actions. La violation de cette interdiction entraîne la nullité de l'opération. Dans le contexte des acquisitions à effet de levier, cette restriction limite la capacité de la SA cible à remonter des garanties ou à consentir des sûretés sur ses actifs au soutien de la dette d'acquisition, imposant une structuration minutieuse — telle que le recours à une fusion post-closing ou un refinancement — pour assurer la conformité légale.

L'exécution des sûretés

Réalisation judiciaire et extrajudiciaire

Le droit marocain prévoit des voies d'exécution tant judiciaires qu'extrajudiciaires des sûretés. L'exécution judiciaire, voie traditionnelle, implique une procédure devant le tribunal de commerce compétent. En matière hypothécaire, elle se traduit par une vente aux enchères judiciaire faisant suite à un commandement signifié au débiteur et à l'expiration d'un délai d'attente légal.

Pacte commissoire

La réforme de 2019 a introduit le pacte commissoire (clause d'attribution) en droit marocain, permettant aux parties commerciales de convenir que le créancier garanti pourra s'attribuer le bien nanti en cas de défaillance, en lieu et place d'une vente judiciaire. Ce mécanisme est toutefois soumis à des conditions importantes : (i) il est prohibé lorsque le débiteur est un consommateur ; et (ii) le bien nanti doit être évalué par un expert indépendant au moment de l'attribution. Si la valeur expertisée excède le montant de la créance garantie, le créancier doit reverser le surplus au débiteur. Le pacte commissoire peut accélérer significativement l'exécution mais doit être soigneusement rédigé pour satisfaire aux conditions prescrites par la loi 21-18.

Délais et coûts en pratique

En pratique, l'exécution d'une hypothèque devant les juridictions marocaines prend généralement entre 12 et 24 mois depuis l'introduction de la procédure jusqu'à la réalisation, en fonction de l'encombrement des tribunaux, des contestations du débiteur et de la complexité du dossier. Les coûts comprennent les frais de greffe, les frais d'huissier, les honoraires du commissaire-priseur et les frais d'avocats. Les prêteurs doivent intégrer ces délais dans leur analyse de crédit et envisager le pacte commissoire ou la réalisation amiable comme alternatives lorsqu'elles sont disponibles.

Insolvabilité et suspension des poursuites

La loi 73-17 relative aux procédures de traitement des difficultés de l'entreprise, entrée en vigueur en avril 2018, établit trois procédures principales : (i) la procédure de sauvegarde, procédure préventive destinée aux entreprises viables confrontées à des difficultés ; (ii) le redressement judiciaire pour les entreprises en cessation des paiements ; et (iii) la liquidation judiciaire pour les entreprises dont le redressement est manifestement impossible. Dès l'ouverture d'une procédure de sauvegarde ou de redressement, une suspension des poursuites individuelles est prononcée. Pendant la période d'observation, les créanciers garantis ne peuvent exécuter individuellement leurs sûretés. Les prêteurs doivent évaluer le risque d'insolvabilité en amont et s'assurer que leur package de sûretés est parfait avant l'ouverture de toute procédure.

Pratique documentaire

Structuration des documents de l'opération

Dans les financements transfrontaliers marocains, il est d'usage de soumettre le contrat de crédit à un droit étranger — généralement le droit anglais ou le droit de l'État de New York — tandis que les documents de sûreté sont régis par le droit marocain, comme l'exigent la constitution et le perfectionnement des sûretés portant sur des actifs marocains. Le contrat de crédit contient les déclarations, les engagements, les cas de défaut et les stipulations intercréanciers, tandis que chaque document de sûreté de droit marocain traite de la constitution, du perfectionnement et de l'exécution d'une sûreté spécifique.

Langue et formalités notariales

Les juridictions marocaines exigent l'arabe, et le français est couramment utilisé dans la pratique commerciale. Les documents de sûreté sont généralement rédigés sous forme d'actes bilingues (arabe et français) ou en français avec une traduction certifiée en arabe. Tout document devant être soumis à un tribunal marocain ou à un registre public doit être accompagné d'une traduction assermentée. Certains documents de sûreté — en premier lieu l'hypothèque — doivent être passés devant un notaire marocain. Les documents exécutés à l'étranger requièrent une légalisation ou une apostille ; le Maroc est partie à la Convention de La Haye sur l'Apostille depuis 2016, ce qui simplifie l'authentification des documents exécutés à l'étranger.

Droits d'enregistrement et taxes de timbre

Les contrats de prêt sont soumis au droit proportionnel d'enregistrement en vertu du Code de l'Enregistrement et du Timbre. Le taux standard applicable aux contrats de prêt est généralement de 1,5 % du montant du prêt (sous réserve de révisions périodiques). Les documents de sûreté peuvent également donner lieu à des droits fixes ou proportionnels selon leur nature. Ces coûts doivent être intégrés au budget de l'opération et répartis entre les parties dans le contrat de crédit.

Checklist du term sheet pour le prêteur

Les prêteurs étrangers structurant un financement au Maroc doivent aborder les points suivants au stade du term sheet :

  • Déclaration à l'Office des Changes : confirmer l'obligation de l'emprunteur de déclarer le prêt et s'assurer que les conditions suspensives couvrent la conformité au contrôle des changes.
  • Droit applicable : désigner le droit applicable au contrat de crédit (droit anglais ou droit de New York) et confirmer l'application du droit marocain à l'ensemble des documents de sûreté.
  • Package de sûretés : spécifier chaque sûreté (hypothèque, nantissement de fonds de commerce, nantissement de parts ou d'actions, nantissement de créances, nantissement de comptes bancaires) et les étapes de perfectionnement correspondantes.
  • Agent des sûretés : pour les facilités syndiquées, désigner un agent des sûretés conformément à la loi 21-18 pour détenir et exécuter les sûretés au nom de l'ensemble des prêteurs.
  • Garanties : identifier les garanties de la société mère (soumises au droit étranger) et les éventuelles garanties d'entités marocaines nécessitant l'approbation de l'Office des Changes.
  • Assistance financière : confirmer que la structure de sûretés et de garanties ne contrevient pas à l'interdiction d'assistance financière prévue à l'article 281 de la loi 17-95.
  • Sous-capitalisation : vérifier que tout prêt intra-groupe respecte les limites fixées par l'article 10(II) du CGI.
  • Formalités notariales et linguistiques : budgéter les frais de notarisation, de traduction assermentée et d'apostille/légalisation des documents exécutés à l'étranger.
  • Droits d'enregistrement : estimer les droits proportionnels et fixes en vertu du Code de l'Enregistrement et du Timbre et répartir les coûts.
  • Stratégie d'exécution : évaluer la possibilité de recourir au pacte commissoire pour les actifs commerciaux et le calendrier prévisible d'une exécution judiciaire.
  • Risque d'insolvabilité : apprécier la situation financière de l'emprunteur et l'impact d'une suspension des poursuites au titre de la loi 73-17 sur le calendrier d'exécution.

Conclusion

Le cadre juridique marocain offre aux prêteurs étrangers un ensemble d'outils robuste — quoique technique — pour structurer et exécuter des packages de sûretés. Les réformes de 2019 introduites par la loi 21-18, incluant le registre national des sûretés mobilières et le mécanisme de l'agent des sûretés, représentent une avancée significative vers les meilleures pratiques internationales. Toutefois, l'interaction entre les exigences du contrôle des changes, les restrictions du droit des sociétés, les formalités notariales et les délais d'exécution impose une planification rigoureuse et le recours à un conseil local expérimenté. Un package de sûretés bien structuré, appuyé par un conseil juridique marocain spécialisé dès le stade du term sheet, demeure la pierre angulaire de tout financement transfrontalier réussi dans le Royaume.

Le présent guide est fourni à titre d'information générale uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Il reflète l'état du droit marocain en vigueur en septembre 2026. Les lecteurs sont invités à consulter un conseil juridique qualifié avant d'agir sur la base de l'un quelconque des sujets abordés dans le présent document.

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