L'essentiel : Seuils, procédure et sanctions
Guide 2026
Le régime marocain du contrôle des concentrations a connu une réforme en profondeur. La loi n° 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence, telle que modifiée par la loi n° 40-21 (25 novembre 2022), combinée au décret n° 2-23-273 (22 mai 2023) et aux lignes directrices du Conseil de la concurrence de décembre 2023 (version française du 14 février 2024), constitue désormais un dispositif de notification préalable aligné sur le modèle européen. Le présent guide constitue la référence définitive pour les praticiens traitant d’opérations présentant un lien avec le Maroc.
Note : De nombreux guides internationaux citent encore les seuils antérieurs à 2023 (750 millions MAD de chiffre d’affaires mondial combiné / 250 millions MAD de chiffre d’affaires marocain combiné). Ces seuils ont été remplacés par le décret 2-23-273 entré en vigueur le 24 mai 2023. Les chiffres figurant dans le présent guide reflètent le droit en vigueur.
En vertu des articles 11 et 12 de la loi 104-12, une concentration est réalisée lorsque :
Seules les entreprises communes de plein exercice sont visées. Le Conseil de la concurrence exige que l'entreprise commune : (i) dispose de ressources suffisantes pour opérer de manière indépendante sur un marché ; (ii) exerce des activités allant au-delà d'une fonction spécifique pour le compte de ses sociétés mères ; (iii) ne dépende pas de ses sociétés mères pour une part substantielle de ses ventes ou achats ; et (iv) ait accès à un marché. Une entreprise commune dont les ventes sont exclusivement réalisées auprès de ses sociétés mères, ou qui n'agit pas en tant qu'acteur économique indépendant, échappe au champ d'application.
Le Conseil de la concurrence agrège les opérations successives entre les mêmes parties réalisées au cours de deux années consécutives et les traite comme une concentration unique aux fins du calcul des seuils. Cette approche s'inspire du modèle européen et vise à prévenir le fractionnement d'opérations en vue de rester en deçà des seuils.
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Depuis le 24 mai 2023, la notification est obligatoire dès lors que l'un des trois seuils alternatifs est atteint (article 8 du décret n° 2-14-652 tel que modifié par le décret 2-23-273) :
Point de pratique essentiel sur le seuil (c) : En vertu des lignes directrices de décembre 2023, même si une seule partie (par exemple, la cible) détient > 40 % de part de marché et que l'opération n'ajoute aucun chevauchement, la notification est néanmoins requise.
Exemple 1 – Seuil (a) : Une société suisse (chiffre d'affaires mondial de 10 milliards MAD) acquiert une société française (chiffre d'affaires mondial de 500 millions MAD). La cible française possède une filiale marocaine générant 60 millions MAD. Chiffre d'affaires mondial combiné = 10,5 milliards MAD > 1,2 milliard MAD ; une partie réalise 60 millions MAD > 50 millions MAD au Maroc. Notification requise.
Exemple 2 – Seuil (b) : Deux sociétés marocaines fusionnent : la société A réalise 250 millions MAD au Maroc ; la société B réalise 200 millions MAD. Chiffre d'affaires marocain combiné = 450 millions MAD > 400 millions MAD ; les deux dépassent individuellement 50 millions MAD. Notification requise.
Exemple 3 – Seuil (c) : Une société acquiert une cible détenant 45 % d'un marché de produits marocain. L'acquéreur n'a aucune part de marché au Maroc. La cible dépasse à elle seule le seuil de 40 %. Notification requise.
Exemple 4 – En deçà des seuils : Une société britannique (chiffre d'affaires mondial de 800 millions MAD) acquiert une société allemande réalisant 30 millions MAD de chiffre d'affaires marocain. Chiffre d'affaires mondial combiné = 830 millions MAD (< 1,2 milliard MAD) ; chiffre d'affaires marocain = 30 millions MAD (< 50 millions MAD). Part de marché < 40 %. Aucune notification requise.
Les lignes directrices de décembre 2023 ont introduit un critère de rattachement local d'une portée remarquablement large. La notification est obligatoire dès lors que la cible présente un quelconque « lien avec le Maroc », même si les seuils de chiffre d'affaires marocain sont techniquement atteints mais que la cible ne génère aucun revenu au Maroc. Les éléments de rattachement incluent :
Le Conseil de la concurrence a déclaré : « L'autorisation est requise si la cible entretient des liens juridiques ou commerciaux directs, indirects, horizontaux ou verticaux avec le Maroc, même si la cible elle-même ne réalise aucun chiffre d'affaires au Maroc. »
Kohler/Platinum Equity (décembre 2023) : Notification requise — la cible avait des activités au Maroc.
Smulders/Meyer Neptun JV (janvier 2024) : Notification NON requise — l'entreprise commune n'était pas active au Maroc, n'avait pas l'intention d'y entrer, et il n'existait aucune relation verticale ou horizontale avec les activités marocaines des parties.
Lufthansa Technik/LG-LHT (juin 2024) : Sociétés purement allemandes, mais notification requise en application du critère de rattachement local.
En cas de doute, les lignes directrices recommandent de consulter les Services d'instruction du Conseil de la concurrence en présentant un résumé de l'opération projetée et les documents justificatifs (paragraphe 7 de l'article 8 du décret 2-14-652). Les parties reçoivent une confirmation écrite si aucune notification n'est requise. Il n'existe pas de procédure de pré-notification formelle.
La notification doit être déposée avant la réalisation de l'opération, dès que les parties sont en mesure de présenter un dossier suffisamment concret — notamment lors de la conclusion d'un accord de principe, de la signature d'une lettre d'intention ou de l'annonce d'une offre publique.
Le dossier de notification doit comprendre :
Introduits par le décret 2-23-273, article 2 :
En vertu de l'article 12 de la loi sur la concurrence, la notification a un effet suspensif : les parties ne peuvent réaliser la concentration tant que l'autorisation n'a pas été obtenue. L'article 14 permet aux parties de solliciter une dérogation pour « nécessité dûment motivée », autorisant la mise en œuvre de tout ou partie de l'opération avant l'obtention de l'autorisation. Des dérogations ont été accordées en pratique (par exemple, Delfingen Industries, août 2020 ; CMA CGM, avril 2022). Il n'existe pas d'exemption spécifique pour les offres publiques d'achat.
Le Conseil de la concurrence peut accepter des engagements structurels ou comportementaux tant en Phase I qu'en Phase II. Par exemple, l'opération Sika/MBCC a été autorisée le 29 septembre 2022 sous réserve d'engagements à l'issue d'un examen approfondi de Phase II.
En vertu de l'article 19 de la loi sur la concurrence :
La fourniture d'informations erronées ou incomplètes peut entraîner des amendes pour défaut de notification et le retrait de la décision d'autorisation.
Sika AG/Financière Dry Mix Solutions (avril 2022) : Première amende pour « gun-jumping » — 11 670 215 MAD (~1,07 million EUR) pour défaut de notification de l'acquisition d'une société française ayant des activités au Maroc.
LSF11 Skyscraper / LSF10 Flavum Holdings (septembre 2022) : Deux amendes distinctes de 10,6 millions MAD chacune pour défaut de notification.
Tendance : Le Conseil de la concurrence examine de plus en plus rétrospectivement les opérations passées, soulignant l'importance du respect de l'obligation de notification même lorsque les opérations ont déjà été réalisées.
L'article 109 de la loi sur la concurrence prévoit que, sauf disposition contraire dans les textes constitutifs du régulateur sectoriel concerné, le Conseil de la concurrence exercera sa compétence sur l'ensemble des secteurs à compter d'une date devant être fixée par un règlement futur.
La réforme marocaine de 2023 a été expressément conçue pour aligner le régime sur le droit européen. En vertu de l'Accord euro-méditerranéen et de la Décision n° 1/2004 du Conseil d'association UE-Maroc (19 avril 2004), il existe un mécanisme de coopération entre le Conseil de la concurrence et les autorités européennes de concurrence.
Le présent guide est à jour au mois de septembre 2026 et est fourni à titre d'information uniquement. Il ne constitue pas un avis juridique. Pour tout conseil relatif à une opération spécifique, veuillez contacter notre équipe en droit de la concurrence.